Le musée Carnavalet — toute l’histoire de Paris
Une pirogue creusée dans un tronc d’arbre il y a plus de six mille ans, une maquette de la Bastille taillée dans une pierre de la forteresse, l’enseigne d’un marchand de vin du XVIIIe siècle, la bijouterie Art nouveau dessinée par Mucha, la chambre où Marcel Proust écrivit À la recherche du temps perdu : au musée Carnavalet, c’est toute l’histoire de Paris qui défile, salle après salle, de la préhistoire à nos jours.
Installé au cœur du Marais dans deux hôtels particuliers reliés entre eux, l’hôtel Carnavalet et l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, c’est le plus ancien des musées de la Ville de Paris. Ses collections, parmi les plus riches de France, rassemblent quelque 625 000 objets : peintures, sculptures, maquettes, enseignes, boiseries, photographies, affiches, souvenirs historiques et décors entiers démontés puis remontés à l’identique.
Rouvert en mai 2021 après cinq ans de travaux, le musée a été entièrement repensé. Le parcours, désormais chronologique, se prolonge pour la première fois jusqu’au XXIe siècle, et les collections permanentes restent entièrement gratuites. C’est l’une des plus belles visites de Paris, et l’une des rares qui ne coûte rien.
Ce guide vous présente l’histoire des lieux, l’organisation du parcours, cinq œuvres à ne pas manquer et toutes les informations pratiques pour préparer votre visite.
Le musée Carnavalet en bref
| Adresse | 23 rue Madame-de-Sévigné, 75003 Paris (Marais) |
| Métro | Saint-Paul (ligne 1), Chemin Vert (ligne 8) |
| Horaires | Mar-dim 10h-18h, fermé le lundi |
| Tarifs | Collections permanentes gratuites — expositions temporaires payantes |
| Site officiel | carnavalet.paris.fr |
Histoire — un hôtel de la Renaissance devenu musée de Paris
L’hôtel Carnavalet est l’un des plus anciens hôtels particuliers du Marais. Il fut construit vers 1548-1560 pour Jacques des Ligneris, président au Parlement de Paris, dans le goût de la Renaissance. On attribue son dessin à Pierre Lescot, l’architecte du Louvre d’Henri II, et ses sculptures à l’atelier de Jean Goujon : les reliefs des Saisons qui ornent la cour d’honneur comptent parmi les plus beaux décors sculptés de la Renaissance parisienne.
Son nom lui vient d’une propriétaire du XVIe siècle, la veuve du gentilhomme breton François de Kernevenoy, dont le patronyme fut peu à peu déformé par les Parisiens en « Carnavalet ». Au XVIIe siècle, l’architecte François Mansart remania l’édifice et lui donna en grande partie son visage actuel.
Mais l’hôtel doit sa célébrité à sa plus illustre locataire : la marquise de Sévigné, qui y vécut de 1677 à sa mort en 1696. C’est de là qu’elle écrivit une grande partie de ses lettres à sa fille, chef-d’œuvre de la littérature épistolaire et chronique irremplaçable de la vie sous Louis XIV. Le musée lui rend hommage par plusieurs salles et par son adresse même, la rue qui porte désormais son nom.
En 1866, sous l’impulsion du baron Haussmann, la Ville de Paris acquit l’hôtel pour y installer un musée consacré à son histoire. Le moment n’était pas indifférent : les grands travaux faisaient alors disparaître des quartiers entiers du Paris ancien, et il fallait en conserver la mémoire. Le musée ouvrit officiellement en 1880. Un siècle plus tard, il s’agrandit en annexant l’hôtel voisin, Le Peletier de Saint-Fargeau, ouvert au public en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution.
Un musée entièrement repensé
Fermé en 2016, le musée a rouvert en mai 2021 au terme d’un chantier de rénovation de grande ampleur. Le parcours d’avant, labyrinthique et incomplet, a laissé place à une visite claire et chronologique.
Le visiteur commence désormais au sous-sol, par la préhistoire et l’Antiquité, dans les anciennes caves voûtées : c’est là que sont présentées les pirogues néolithiques de Bercy et les vestiges de Lutèce. Il remonte ensuite le temps salle après salle, du Moyen Âge à la Renaissance, du Grand Siècle aux Lumières, de la Révolution au Second Empire, jusqu’aux salles consacrées aux XXe et XXIe siècles, qui n’existaient pas avant les travaux.
Cette rénovation a aussi rendu le musée plus accessible et plus vivant. Les œuvres sont accrochées à une hauteur pensée pour tous, des dispositifs tactiles et des transcriptions en braille jalonnent le parcours, et une large place est faite aux enfants. Les quarante salles de décors anciens — boiseries, plafonds peints, salons remontés — ont été restaurées et retrouvent leur éclat.
Surtout, le musée a conservé ce qui fait son charme : l’impression de traverser non pas un musée des beaux-arts, mais la mémoire d’une ville. Les chefs-d’œuvre y voisinent avec les objets du quotidien, les enseignes de boutiques avec les portraits de cour, les souvenirs de la Révolution avec les affiches de cabaret. Carnavalet raconte Paris par ses habitants autant que par ses monuments.
Le parcours, siècle après siècle
La richesse du musée tient à la diversité de ses collections, qui couvrent plus de six millénaires d’histoire parisienne.
Les premières salles sont consacrées aux origines. Aux pirogues de Bercy s’ajoutent des objets de l’époque gauloise et gallo-romaine, témoins de Lutèce, la ville qui s’est développée autour de l’île de la Cité. Le Moyen Âge et la Renaissance sont évoqués par des sculptures, des vitraux et des plans anciens qui permettent de suivre la croissance de la ville.
Le Grand Siècle et le XVIIIe siècle occupent les salles les plus somptueuses. On y admire des décors entiers provenant d’hôtels particuliers disparus, des portraits, des vues de Paris, et la célèbre collection d’enseignes : ces panneaux de fer forgé et de bois peint qui signalaient autrefois boutiques et auberges, au temps où les rues n’avaient pas de numéros. Dans la cour d’honneur trône la statue en bronze de Louis XIV par Antoine Coysevox, l’une des rares statues royales parisiennes à avoir échappé aux destructions révolutionnaires.
La Révolution française constitue l’un des points forts du musée, avec l’un des plus importants ensembles au monde sur cette période : maquettes de la Bastille, portraits des grands acteurs, objets de la famille royale au Temple, souvenirs de la Terreur. Le XIXe siècle se déploie ensuite avec les transformations haussmanniennes, la Commune et la Belle Époque, jusqu’aux décors Art nouveau et Art déco. Le parcours s’achève sur le Paris contemporain, avec photographies, affiches et objets des dernières décennies.
Les œuvres à ne pas manquer
Parmi les 625 000 objets du musée, voici cinq incontournables. Toutes ces pièces étant dans le domaine public, elles sont librement reproductibles.
1. La boutique du bijoutier Georges Fouquet — Alphonse Mucha (1901)
Commandée par le joaillier de la rue Royale, cette boutique entièrement dessinée par le maître de l’Art nouveau — façade, vitrines, mobilier, paons et mosaïques — a été démontée puis remontée pièce à pièce au musée. C’est l’un des plus beaux ensembles Art nouveau conservés à Paris.
2. La chambre de Marcel Proust
Le lit, les meubles et les objets de la chambre du boulevard Haussmann où l’écrivain, reclus et malade, rédigea une grande partie d’À la recherche du temps perdu. Une pièce modeste et émouvante, où l’on croit percevoir le silence des nuits de travail.
3. La salle de bal de l’hôtel de Wendel — José Maria Sert (1924)
Un décor spectaculaire d’or et de sépia, peuplé d’éléphants, de cortèges et de figures fantastiques, conçu pour une grande famille d’industriels : l’une des plus éblouissantes réalisations décoratives des Années folles.
4. La maquette de la Bastille (1790)
Après la prise de la forteresse, l’entrepreneur Pierre-François Palloy, chargé de sa démolition, fit tailler des maquettes dans ses pierres et les envoya aux départements comme souvenirs de la liberté conquise. Carnavalet conserve l’un de ces objets, qui sont à la fois des reliques et les premiers produits dérivés de l’histoire.
5. Les pirogues néolithiques de Bercy
Découvertes en 1991 lors des travaux du quartier de Bercy, ces embarcations creusées dans des troncs de chêne comptent parmi les plus anciennes connues en Europe. Elles rappellent que, des millénaires avant Lutèce, des hommes naviguaient déjà sur la Seine.
Comment visiter le musée Carnavalet
Le musée est vaste, mais sa visite reste agréable et facile à organiser. Vérifiez toujours les informations à jour sur le site officiel avant votre venue.
Durée de la visite
Comptez deux heures pour un parcours complet sans vous presser, une heure si vous ciblez quelques salles — par exemple la Révolution, les décors Art nouveau et la chambre de Proust. Les amoureux de Paris y passeront volontiers une demi-journée.
Horaires
Le musée est ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h. La billetterie des expositions ferme à 17h15. Il est fermé le lundi ainsi que les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Tarifs
L’accès aux collections permanentes est gratuit, sans réservation. Seules les expositions temporaires sont payantes ; la réservation en ligne y garantit l’accès. L’entrée est gratuite pour les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur.
Quand venir
Le musée est plus calme en semaine et en matinée. Le week-end, et surtout le dimanche, l’affluence est plus forte, le Marais attirant de nombreux promeneurs. Un contrôle visuel des sacs est effectué à l’entrée ; les valises et bagages volumineux ne sont pas acceptés.
Accessibilité
Le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite, avec des fauteuils roulants disponibles sur place. Le parcours propose des dispositifs tactiles, des transcriptions en braille et une hauteur d’accrochage adaptée.
Restauration
Le musée abrite un restaurant, Joli, pour une pause pendant ou après la visite.
FAQ pratique
Le musée Carnavalet est-il gratuit ?
Oui, l’accès aux collections permanentes est gratuit et sans réservation. Seules les expositions temporaires sont payantes.
Où se trouve le musée Carnavalet ?
Au 23 rue Madame-de-Sévigné, dans le 3e arrondissement, au cœur du Marais. Les stations de métro les plus proches sont Saint-Paul (ligne 1) et Chemin Vert (ligne 8).
Quels sont les horaires du musée Carnavalet ?
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Le musée est fermé le lundi, ainsi que les 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.
Combien de temps faut-il pour visiter Carnavalet ?
Comptez environ deux heures pour un parcours complet, une heure pour une visite ciblée.
Que voir au musée Carnavalet ?
Parmi les incontournables : la boutique Fouquet dessinée par Mucha, la chambre de Marcel Proust, la salle de bal de l’hôtel de Wendel, la maquette de la Bastille et les pirogues néolithiques de Bercy.
Autour du musée
Carnavalet se trouve au cœur du Marais, l’un des quartiers les plus riches de Paris en architecture ancienne. À deux pas, la place des Vosges, la plus ancienne place royale de la capitale, déploie ses arcades de brique et de pierre ; la maison de Victor Hugo, qui y habita, se visite gratuitement.
Tout près également, le musée Cognacq-Jay présente l’art du XVIIIe siècle dans un autre hôtel particulier, et le musée Picasso occupe le somptueux hôtel Salé, à quelques minutes à pied. La rue des Francs-Bourgeois, avec ses boutiques et ses hôtels anciens, relie ces adresses en une promenade idéale.
Plus au sud, la rue Saint-Antoine mène à l’église Saint-Paul-Saint-Louis et à la place de la Bastille, où l’on peut chercher au sol le tracé de l’ancienne forteresse — dont une pierre, taillée en maquette, vous attendait justement au musée.
Pour aller plus loin
Documentation institutionnelle
- Musée Carnavalet — site officiel — horaires, expositions et informations pratiques.
- Paris Musées Collections — les collections en ligne des musées de la Ville de Paris.
À lire aussi sur Hors Cadre
- Le musée Picasso — l’autre grand hôtel particulier-musée du Marais, à quelques minutes à pied.
- Le musée du Louvre — le palais de Pierre Lescot, l’architecte à qui l’on attribue aussi l’hôtel Carnavalet.
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